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PRÉAMBULE : Après 1950, la plupart des atlas rétrospectifs montrent le Tibet, dans la première moitié du XXe siècle, comme faisant partie de la République de Chine, et, au XIXe siècle ou auparavant, comme étant intégré à l'empire chinois - sous la dynastie mandchoue des Qing.

Avant 1950, s'il existe des cartes chinoises prétendant que le Tibet est littéralement une province de Chine - le Zixang, moins l'Amdo et le Kham assimilés au Qinghai et au Xikang - ou des cartes tibétaines revendiquant un "Tibet historique" souverain, aucune carte étrangère n'entérine l'une ou l'autre thèse. Plus généralement, les cartes historiques "d'époque", dessinées par une tierce partie, européenne la plupart du temps, montrent une toute autre réalité. Du XVIIe au XIXe siècle, le Tibet est toujours distingué de la Chine, soit comme pays indépendant, soit en étant rattaché à la Tartarie dite indépendante. Avant le XIXe siècle, il n'est jamais fait référence à un "empire chinois" - sinon pour désigner la Chine elle-même, au sens strict. Même lorsque la "Tartarie orientale" devient "Tartarie chinoise", et, au fil des alliances, s'étend vers l'Ouest, le Tibet ne lui est jamais rattaché et elle n'est jamais "la Chine".

L'intégrité du "Tibet historique" évolue selon les réalités géopolitiques du moment : ainsi l'Amdo, province revendiquée tibétaine, est constamment disputée par les Tibétains, les Mongols et les Chinois. Assez paradoxalement, c'est à partir du XIXe siècle, lorsque des cartes commencent à le situer au sein d'un empire chinois, ou, plus tard, de manière ambiguë, en rapport avec la République de Chine, que le Tibet est clairement délimité dans sa sphère historique. Et lorsqu'ensuite il est de nouveau reconnu comme indépendant, il est amputé de son front oriental.

Ces cartes "d'époque" et "étrangères" ne sont pas une preuve irréfutable de l'indépendance du Tibet, encore moins de l'appartenance de celui-ci à la Chine, mais elles rapportent un regard du passé, bien souvent en contradiction avec les thèses convenues du présent. On y voit notamment ce qu'était la Chine. Et ce qu'elle n'était pas. En ce sens, la "Grande muraille de Chine" désigne clairement la frontière septentrionale et avait pour vocation de protéger contre les invasions "barbares" du Nord ("Tartares", Mongols, Mandchous, etc.). Loin d'être le vestige d'une histoire révolue, elle fut restaurée et consolidée sous la dynastie chinoise des Ming (1368-1644), en réaction à la conquête mongole et en prévision d'invasions futures - en l'occurrence mandchoue au XVIIe siècle. Pour autant, la Chine, au XXe siècle, n'hésite pas à faire remonter ses prétentions sur le Tibet à des époques où elle était elle-même sous domination "barbare" - mongole sous la dynastie des Yuan (1279-1368), mandchoue sous la dynastie des Qing (1644-1911) - en se revendiquant de ses propres conquérants, rétrospectivement désignés par elle comme "minorités" d'une Chine "mutlinationale" ancestrale.

Il apparaît également que les hauts plateaux tibétains constituent une barrière naturelle pour la Chine et le cadre physique du Tibet historique. Si, au nord de l'Amdo, le bassin du Tsaidam et le région du Kokonor ouvrent le Tibet sur la "Tartarie" - Turkestan et Mongolie - et l'exposent à la pénétration extérieure, la Chine s'est hissée de longue date dans le corridor du Gansu principalement pour protéger la route de la soie vers l'Asie centrale. Mais jamais, y compris sous domination mongole ou mandchoue, elle ne s'est étendue profondément ou durablement en terre tibétaine. La définition et la réalité de l'"empire" sont encore une autre question, évoquée précédemment, et s'avèrent très relatives.

A ces cartes, qui montrent des choses mais ne disent pas tout, il reviendra à chacun de rechercher et d'apporter une lecture critique disponible dans des travaux d'historiens. En prenant garde, sur ces questions complexes, à la facilité de la propagande chinoise et des raccourcis tibétains.
   
Index
 
Sources
Tibet en Asie (XVIIIe)
Tartarie (XVIIe-XVIIIe)
Indes britanniques (XIXe)
Inde Moghol (XVIIe-XVIIIe)
Chine traditionnelle (XVIIe-XIXe)
Empire mandchou (XIXe-XXe)
Tibet - ROC (XXe)
Tibet - RPC (XXe)
Tibet historique
 

Tibet en Asie
- Cartes XVIIIe
Les cartes ci-dessous montrent le Tibet comme pays indépendant. Ce, assez paradoxalement, au XVIIIe siècle, à une époque où l'influence mandchoue dans les affaires tibétaines est la plus manifeste - entre 1720 et 1799, jusqu'à la mort de l'empereur Qianlong. La carte 1 situe clairement le Tibet dans son cadre historique et la carte 6 le distingue tout aussi nettement de l'"empire de Chine". Les autres cartes témoignent durant cette période des efforts chinois pour assimiler la région du Kokonor occupée par les Mongols. La carte 3 parle d'"Etat du Dalaï-Lama". Il est à noter que lorsque le terme "grand Tibet" est employé, c'est pour distinguer le "petit Tibet" ou Ladakh. Aujourd'hui, ce terme est utilisé dans un autre sens par les Chinois pour contester la revendication tibétaine d'un "Tibet historique". (Pour les différentes Tartaries, voir le chapitre suivant "Tartarie")
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1. 1801 Asia from the best authorities (USC)   2. 1797 Asia (USC).   3. 1790 Asia divided into its empires, kingdoms, states (USC)
   
4. 1787 A new and accurate map of Asia (USC)   5. 1785 Present Asia (USC)   6. 1784 Le Indie Orientali (Berg-book)
   
7. 1778 Asia (USC)   8. 1774 Asia divided into its principal states (USC)   9. 1760 A new map of Asia (USC)

Tartarie
- Cartes XVIIe-XVIIIe
La Tartarie est une notion des anciens géographes pour désigner de manière globale les puissances turco-mongoles d'Asie centrale et de Haute-Asie. Suivant une distinction géographique entre Tartarie occidentale et Tartarie orientale, la première devient la "Tartarie indépendante" ou "Turkestan", et la deuxième, "Tartarie chinoise" ou "asiatique". Cette dernière désigne progressivement la Mandchourie, puis la Mongolie, avant de s'étendre vers l'Ouest. A partir du XIXe siècle, le Sinkiang correspond à la partie orientale de la "Tartarie indépendante" ou Turkestan, et devient le Turkestan oriental ou Turkestan chinois. Avant le XIXe siècle, le terme d'empire chinois n'est pas utilisé par les cartographes, sinon pour désigner la Chine elle-même, et de ce point de vue n'a pas de réalité dans ces régions périphériques avec lesquelles la Chine est soit en conflit, soit en alliance. Selon ces cartes, le Tibet n'est jamais rattaché à la Chine ni à la Tartarie dite chinoise. Au contraire, il est intégré à la "Tartarie indépendante", voire absorbé par le Turkestan (8-9). (Pour l'Amdo/Kokonor, voir le premier chapitre "Tibet en Asie")
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1. 1790 Asia (USC)   2. 1784 La Tartaria indipendente (Bergbook)   3. 1762 An improved map of Asia (USC)
   
4. 1760 An accurate map of Asia (USC)   5. 1739 Tartariae universae majoris et asiaticae (USC)   6. 1706 Carte de Tartarie (University of Osaka)
   
7. 1677 L'Asia (University of Osaka)   8. 1677 L'Asie (University of Osaka)   9. 1650 La grande Tartarie (University of Osaka)

Indes britanniques
- Cartes XIXe
Sur ces cartes de l'empire britannique, le Tibet est mentionné comme pays voisin de l'Inde, au même titre que l'Afghanistan, le Siam (Thaïlande) et la Birmanie (avant son rattachement aux Indes en 1886). Le Turkestan y est également mentionné (carte 5). C'est de manière distincte que la Chine est indiquée lorsque la carte recouvre la province chinoise du Yunnan (cartes 2, 3 et 4) ; sinon, elle n'apparaît pas. Cette vision coloniale britannique du pourtour indien pourrait être soupçonnée de préparer ce qu'on a souvent appelé le "dépeçage de la Chine". Pourtant, elle s'inscrit dans la continuité de nombreuses autres cartes d'Asie de l'époque, et en tous les cas antérieures. Notamment, elle ne contredit pas la cartographie pré-coloniale de cette même région indienne (voir le chapitre suivant "Inde Moghol").
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1. 1900 Political map of India, Christian mission stations (WCU)   2. 1893 Map of the Indian Empire (Ian Poyntz)   3. 1893 Military map of the Indian Empire (Ian Poyntz)
   
4. 1881 Indian Empire, Imperial Gazetteer of India (WCU)   5. 1875 Indian Empire (Ian Poyntz)   6. 1865 Hindostan or British India (Bergbook)

Inde Moghol
- Cartes XVIIIe-XIXe
L'empire Moghol en Inde décline progressivement au début du XVIIIe siècle et se trouve confronté aux intrusions européennes. Avant l'époque coloniale britannique, le Tibet est déjà mentionné comme pays voisin de l'Inde et apparaît de la même manière que l'empire birman, le Siam, l'Afghanistan ou, de manière plus abusive, la Perse. Il n'est jamais question de la Chine, sauf au voisinage du Tibet ou de la Birmanie, lorsque des cartes laissent entrevoir des zones frontalières. La carte 9 montre, au XVIIIe siècle, une autre puissance se dessiner en arrière-fond du Tibet : il s'agit de la Tartarie et non de la Chine ni de l'empire chinois.
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1. 1847 Volker-Karte des Indischen Welt (USD)   2. 1831 Hindoostan (USD)   3. 1831 Hindoostan (USD)
   
4. 1823 Hindoostan or India (Broadfield)   5. 1819 Baptist Missionary Stations (WCU)   6. 1814 Hindostan or India (USD)
   
7. 1810 Hindostan (WCU)   8. 1806 Hindoostan divided into Soubahs (Wilkindia)   9. 1781 India (Bergbook)

Chine traditionnelle
- Cartes XVIIe-XIXe
Chacune de ces cartes, sur trois siècles, du XVIIe au XIXe, resitue la Chine dans son aire traditionnelle. Pourtant, durant cette même période, sous la dynastie mandchoue des Qing, l'empire chinois est censé avoir atteint sa plus grande expansion. Manifestement, le Tibet n'en fait pas partie et l'"empire", aux XVIIe et XVIIIe siècles, désigne la Chine elle-même (cartes 4, 5, 8 et 9) - la Tartarie dite chinoise en est d'ailleurs distinguée. De même, l'Amdo, malgré les prétentions chinoises actuelles, est lui aussi distinct de la Chine et, selon les cas de figure, est rattaché au "royaume" du Tibet, au "pays" du Kokonor, à la Tartarie - "chinoise" ou indéfinie -, voire à la Mongolie. La "Grande muraille de Chine" apparaît clairement comme la frontière nord de la Chine.
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1. 1865 China (Southernprints)   2. 1851 China and Birmah (UST-HK)   3. 1804 Charte von China (Bergbook)
   
4. 1784 Impero della China e Giappone (Bergbook)   5. 1748 China (Henny Savenije)   6. 1734 La Chine, la Tartarie chinoise et le Tibet (UST-HK)
   
7. 1714 China (Henny Savenije)   8. 1657 Imperii Sinarum Nova Descriptio (UST-HK)   9. 1655 Imperii Sinarum Nova Descriptio (Henny Savenije)

Empire mandchou
- Dynastie des Qing
- Cartes XIXe-XXe

A partir du XIXe siècle, les cartes commencent à utiliser le terme d'empire chinois pour désigner les "protectorats" ou "dépendances" - distingués des "provinces chinoises" - et ce, assez étrangement, alors que l'empire est en déclin et que son influence dans ces régions diminue jusqu'à n'être bien souvent plus que formelle. Le Tibet y est intégré, de même que la Mongolie et le Turkestan oriental (Sinkiang) - et la Corée (6). Toutefois, la Chine à proprement parler ("China proper", 3) est toujours distinguée - y compris de la Mandchourie, dont la dynastie dominant l'empire est issue - et bien délimitée dans son aire traditionnelle. De même, le Tibet est considéré dans son cadre historique (Amdo inclus, sauf sur la carte 6, désigné par "Mongols du Kokonor") et il n'existe pas encore de partition de la Mongolie (intérieure/extérieure). La carte 5 n'intègre pas le Turkestan oriental et ne le distingue pas du "Turkestan indépendant".
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1. 1910 The Chinese Empire (Texas Libraries)   2. 1910 European and Japanese dominions in Asia (n.c)   3. 1897 Missionary map of Tibet (Berkeley Library)
   
4. 1891 Chinesisches Reich (Wikimedia Commons)   5. 1875 L'Empire chinois et du Japon (University of Osaka)   6. 1833 Dan Chinesische Reich (Henny Savenije)

Tibet - ROC
- République de Chine
- Période 1911-1950

Les deux premières cartes semblent favorables aux prétentions chinoises sur la base de l'empire mandchou. Pourtant, le Tibet est de facto indépendant de 1913 à 1949 et la Mongolie l'est également depuis 1911, reconnue et soutenue par l'URSS en 1921. Plus directement confronté à l'annexion chinoise, le Turkestan oriental (Sinkiang) proclamera deux républiques en 1933 et 1944. La carte 1 semble rattacher le Tibet à la République de Chine malgré leur démarcation par des frontières d'Etats. Lhassa, ainsi qu'Urumtsi, Urga et Mukden, sont désignés comme des capitales. Sur la carte 2, il s'agit de préfectures et, hormis pour la Mongolie, de frontières de provinces. Dans les deux cas, le Tibet est reconnu dans son aire historique - Amdo inclus. Les cartes 5 et 6 montrent que les épisodes des Seigneurs de la Guerre et la guerre civile entre nationalistes et communistes ne concernent que le territoire traditionnel chinois - incluant la Mandchourie, assimilée depuis l'effondrement des Qing (le Manchukuo est un Etat fantoche dans le cadre de la colonisation japonaise). Toutefois, la démarcation des provinces chinoises du Qinghai et du Xikang sont reprises et amputent largement le Tibet qui, sur la carte 4, n'est distingué de la Chine que sur cette base. Son indépendance, sur la carte 7, est "généralement admise", selon les frontières de la région autonome actuelle. Enfin, les cartes 3, 8 et 9 replacent le Tibet, distinct de la Chine, dans les deux tiers de son aire historique.
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1. 1920 Political Asia (MSSU)   2. 1920 n.c (n.c)   3. 1942 War Map, Atlantic, Eurasia, Africa (David Rumsey)
   
4. 1941 Asia, Illustrated London News (USD)   5. 1928-1937 Nationalist China ; post 50 (USMA)   6. 1934-1935 The Long March ; post 50 (USMA)
   
7. 1920-1950 China ; post 50 (USMA)   8. 1941 China ; post 50 (USMA)   9. 1941-1950 Far East and Pacific ; post 50 (USMA)

Tibet - RPC
- République populaire de Chine
- Cartes post 1965

Selon le découpage administratif chinois actuel, le Tibet ne désigne que la "Région autonome du Tibet" (TAR, 1965). Pourtant, d'autres entités "autonomes tibétaines" (préfectures "TAP" et comtés "TAC") sont distinguées par la constitution chinoise (carte 1). L'ensemble de ces entités recouvre la majeure partie du "Tibet historique" et constitue une reconnaissance de fait de l'aire traditionnelle tibétaine. Celle-ci est restituée par une représentation "ethnique" de la Chine populaire (carte 2), recoupée avec la répartition de la population sur l'ensemble du territoire (carte 3).
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1. n.c (post 1965/1982) TAR, TAP, TAC (Wikimedia Commons)   2. 1976 Communist China, ethnic groups (Texas Library)   3. 1983 China, population density (Texas Library)

Tibet historique
Les trois cartes ci-dessous sont de source tibétaine. La carte 1 resitue l'ensemble des manifestations qui se sont déroulées en mars 2008, notamment en Amdo et sur la frange orientale du Tibet historique, là où la Chine affirme qu'il s'agit de provinces chinoises de longue date. La carte 2 décline les différentes frontières du Tibet par le passé et la carte 3 superpose le découpage du Tibet historique à celui de la Chine populaire.
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1. 2008 Tibetan demonstrations and protests (ICT)   2. n.c. Tibet borders (Tibet Map Insitute)   3. 1992 Tibet occupé / historique (Tibet info)